Christian MASSET, le nouvel homme fort du palais Farnèse

 

CHRISTIAN MASSET

LE NOUVEL HOMME FORT DU PALAIS FARNÈSE

Rome,Italie. 7 Sept. 2017 Palais Farnese : Christian Masset, Ambassadeur de France. Photo: Eric Vandeville - Eric Vandeville

Rome,Italie. 7 Sept. 2017 Palais Farnèse : Christian Masset, Ambassadeur de France. Photo: Eric Vandeville

 

Article du 30/01/2018 d’Olivier TOSSERI pour Les Echos

 

L’ancien secrétaire général du Quai d’Orsay est le nouvel ambassadeur de France à Rome.

« C’est la Rolls du Quai d’Orsay. » A Rome, la réputation de Christian Masset l’a précédé. Il faut dire qu’il connaît les rouages en tant qu’ancien secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et du développement international, copilote du ministre au sein de cette administration de 2014 à 2017.

Depuis l’automne, il est ambassadeur de France en Italie pour, ne cesse-t-il de répéter, « renforcer le réflexe franco-italien entre deux nations soeurs aux liens historiques et culturels forts, partageant les mêmes valeurs et qui sont l’une pour l’autre des partenaires économiques majeurs ». Le réflexe de ce côté-ci des Alpes était plutôt celui de la défiance à l’égard de la France.

Ces derniers mois, les tensions n’ont pas manqué, qu’il s’agisse du dossier industriel STX-Fincantieri, de la prise de contrôle de Telecom Italia par Vincent Bolloré suivie de sa brusque montée dans le capital de Mediaset, groupe de Silvio Berlusconi, ou encore des prises de position d’Emmanuel Macron sur la Libye et la crise migratoire qui avaient froissé les susceptibilités transalpines.

Traité d’amitié

Elles sont aujourd’hui, en partie, dissipées suite au sommet entre les deux pays à Lyon, en septembre, trois semaines après sa prise de fonction. Les deux nations entendent même signer, lors du prochain sommet qui aura lieu en Italie, un traité d’amitié sur le modèle, toute comparaison gardée, du traité de l’Elysée avec l’Allemagne. Un traité du Quirinal pour « donner un cadre à ce qui existait » mais aussi « construire des ambitions nouvelles ».

 

Le ton est retombé. Celui de Christian Masset est toujours policé. Ce diplomate de carrière, lorsqu’il n’arpente pas la péninsule qu’il parcourt de long en large depuis sa nomination, déploie sa silhouette longiline sous les ors du palais Farnèse, une des plus belles ambassades de la République. Il la connaît déjà pour y avoir été premier conseiller, soit le bras droit de l’ambassadeur, de 1999 à 2002.

Né à Sète il y a tout juste 61 ans, ce fils d’un ingénieur et d’une infirmière, « rêve de voyager ». La diplomatie est la voie idéale. Il l’emprunte à l’issue d’études à Sciences Po Paris et à l’Essec avant de choisir les Affaires étrangères à sa sortie de l’ENA en 1984. Après avoir exercé diverses fonctions à la direction des affaires économiques du Quai d’Orsay, il part sur le terrain à Londres de 1987 à 1989 puis à Pretoria de 1991 à 1994, certainement un des moments les plus exaltants de sa carrière, l’histoire se jouant sous ses yeux entre la libération de Nelson Mandela et son investiture en tant que président de l’Afrique du Sud.

Mais c’est à Bruxelles que cet Européen convaincu poursuit sa carrière en tant que représentant adjoint de la France auprès de l’Union européenne. Ce père de trois enfants est alors le numéro deux de Pierre Sellal, qui avait déjà occupé ce poste avant lui, et qui noue avec le jeune et prometteur diplomate une profonde relation de confiance et d’estime. Lorsqu’il devient directeur de cabinet d’Hubert Védrine, Christian Masset le suit de 1997 à 1999.

REACH et Bolkestein

Et quand il retourne à Bruxelles, après son passage à Rome, c’est pour suivre de 2002 à 2007 les négociations sur les directives REACH renforçant la législation européenne sur les produits chimiques et Bolkestein sur la libéralisation des services, notamment. De quoi se voir confier la tâche de créer en 2009 la Direction générale de la mondialisation, du développement et des partenariats. En décembre 2011, il est nommé ambassadeur de France au Japon avant d’occuper, en 2014, le poste de secrétaire général du Quai d’Orsay, le plus élevé au sein de cette prestigieuse administration.

C’est donc à un diplomate chevronné, parlant italien et amoureux de la culture du pays qu’est confiée la mission de surmonter les incompréhensions entre la France et l’Italie. « Nous avons les mêmes valeurs, la même destinée au sein de l’Union européenne, dont nous sommes l’un et l’autre des membres fondateurs », insiste-t-il. Les questions économiques figureront parmi ses priorités. « Nos échanges commerciaux représentent un volume de près de 70 milliards d’euros par an et la France est le 2e client et le 2e fournisseur de l’Italie. Il convient de soutenir les efforts de nos entreprises dans le cadre d’investissements réciproques. Je serai très attentif également au domaine numérique, porteur de grandes promesses pour nos économies. »

Paradoxe de la proximité

Mais les chantiers sont nombreux concernant la culture, l’industrie, l’éducation. « La France et l’Italie sont parfois victimes du paradoxe de la proximité », souligne-t-il. Les ressemblances des deux soeurs latines font parfois oublier leurs différences d’approche ou leurs divergences sur certains dossiers. Insister sur leur complémentarité pour donner une ambition renouvelée à leur relation au service du projet européen sera l’une des grandes missions du nouvel ambassadeur. Mais comme disait Chateaubriand, l’un de ses prédécesseurs : « Des pays enchantés où rien ne vous attend sont arides. »

Olivier Tosseri
@OlivierTosseri

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